Kentaro livre une pizza, comme à son habitude. Et comme à son habitude, il a été très rapide. Il s'en tire donc avec un pourboire assez généreux et s'en retourne tranquillement à sa boutique avec un air de contentement.
Chemin faisant, il se fait arrêter par deux policiers. Il est serein, il n'a commis aucune infraction... ce doit être un simple contrôle. Du moins, ça y ressemble. De retour au magasin, il repart immédiatement pour une nouvelle livraison. Il s'agit là d'une commande assez spéciale car c'est la fameuse Pizza Deluxe à composer soi-même et aux ingrédients illimités. En fait, une pizza pour gros mangeur et qui coûte très cher. Il est très rare d'avoir une commande comme celle-ci, elle est donc traitée avec soin et en priorité. L'adresse indiquée semble être un quartier tranquille, ce qui va rendre les choses plus faciles. Bref, une commande idéale livrée rapidement et sûrement avec un bon pourboire. Kentaro se met en route et, au bout de quelques instants, se fait de nouveau arrêter par une voiture de police. Deux contrôles en moins d'une heure, c'est quand même abusé !
Chez elle, Yumiko broie du noir. Elle s'est habillé confortable et léger et fixe obstinément l'heure, une bouteille à la main. Soudain, la sonnette retentit. Yumiko se lève et va ouvrir en grommelant. Un livreur de pizza lui fait face. Il arbore un visage neutre et annonce sa livraison Pizza Deluxe. Yumiko, un peu ivre et mal lunée, lui fait remarquer qu'il est en retard tout en ouvrant le carton. Sur la pizza, on peut lire HAPPY 21 écrit avec de la nourriture. Le livreur s'excuse pour le retard et lui demande de ne payer que la moitié de ce qui était prévu. Satisfaite du rabais, la femme flic lui tend la monnaie et ne compte pas lui laisser de pourboire. Par contre elle ne se gène pas pour lui dire qu'il serait bon pour les affaires de sourire un peu, ce que le livreur fait avec un air idiot de manque d'habitude. Ensuite, il enfourche sa mobylette et s'en va.
Une fois la porte refermée, Yumiko trouve que quelque chose ne colle pas dans la scène. Un livreur qui ne semble pas attendre de pourboire, qui ne sais pas sourire et qui est en retard alors qu'il est parti en vitesse... c'est plutôt étrange. Mais autre chose la gène. Son esprit embrouillé par l'alcool ne parvient pas immédiatement à savoir quoi mais c'est sûr, il y a un problème. Mais oui ! le badge ! il était écrit Kentaro... et c'était aussi sa mobylette ! Pas de doute, il y a anguille sous roche. Elle passe immédiatement dans son garage et démarre sa moto. Pieds nus, en tenue légère, elle est galvanisée par la boisson. Elle était sûre que le cap des 21 ans serait délicat et passer dans la "catégorie" de sa s½ur l'avait poussé à commettre quelques abus pour tenter de se remonter le morale. Toujours est-il que voilà le résultat : une policière ivre parcourt la ville à fond la caisse sur sa moto et avec une tenue pas très réglementaire.
***
Un groupe d'hommes en noir, probablement des envahisseurs, viennent d'entrer par effraction dans un appartement. Il fouillent rapidement les lieux à la recherche de quelqu'un. L'un d'entre eux remarque un carton à pizza sur la table et l'ouvre. Il remarque la pizza HAPPY 21 intacte et annonce par transmission radio "cible manquée – passons à la traque". Au même instant, un grondement de moteur se fait entendre à l'extérieur. Yumiko démarre sur les chapeaux de roues. "cible repérée – la poursuivons".
Quelques rues plus loin, les poursuivants l'ont rattrapé et tentent de la forcer à s'arrêter en la menaçant. C'est peine perdue, dans cet état, elle est passée en mode kamikaze. Peu importe, ils ne doivent pas la laisser filer. Où qu'elle aille, il faut la coincer et c'est ce qu'ils font. Malheureusement, ils ne savent rien de sont caractère hors norme et la voilà qui fonce vers le commissariat de police.
Aujourd'hui, le commissaire accueille le ministre qui vient constater le sérieux et l'efficacité des services d'ordre en visite officielle. Les journalistes sont là, et tout ce petit monde est entouré d'agents de protection. La visite s'est merveilleusement bien passée et tout le monde s'apprête à quitter le bâtiment lorsque le standard d'accueil reçoit un appel radio retransmis par téléphone. Une personne demande à ce que les portes d'entrée soient ouvertes en grand immédiatement et que des agents se tiennent prêts à intervenir. A ce message, le commissaire perd son sang froid. Il a reconnu la voix de Yumiko et lui répond qu'elle est en congés aujourd'hui. Elle est désolée de faire du zèle mais dit aussi qu'elle n'aime pas être mise à l'écart durant les évènements ministériels. Le ministre s'empresse de demander pourquoi ont-ils écarté la jeune femme pour la journée. Le commissaire ne sais quoi répondre et dit simplement qu'elle est "spéciale".
L'homme de l'accueil a beau répondre à sa demande par la négative, Yumiko ne l'écoute pas et traverse les portes vitrées de l'entrée avec son véhicule, passe devant le ministre qui admire le spectacle et continue dans les couloirs en slalomant entre les divers obstacles. A peine le bruit de la moto est-il effacé qu'une voiture élargie le trou de l'entrée et fonce dans le mur du couloir, trop petit pour la laisser passer. L'automobile est aussitôt encerclée par l'armée et les occupants tenus en joug. Mais ceux-ci ont failli à leur mission et suivent les directive qui, en cas de capture, préconisent le suicide. Ils meurent donc et disparaissent sous les yeux ébahis de la presse et des fonctionnaires. Le ministre ajoute que non seulement elle est "spéciale" mais qu'en plus elle est pleine de surprises.
Yumiko débarque en trombe à la boutique de pizzas et bouscule une bande de zoku qui attendent tranquillement leur tour. L'ambiance commence à chauffer jusqu'à ce qu'elle mette son flingue sous le nez de leur chef en lui demandant "gentillement" de la laisser passer tout en montrant sa plaque de police. Ainsi le calme revenu, elle demande au patron si il n'aurait pas des nouvelles de Kentaro. Le patron répond qu'il y a environ une heure qu'il ne l'a pas vu et qu'il y a plein de commandes en retard. Yumiko lui annonce qu'il y a de grandes chances pour qu'il ait été enlevé et qu'il ne faut pas s'attendre à ce qu'il revienne vite. Elle demande également si il y a un moyen de contacter les livreurs pour leur poser des questions. C'est alors que le patron sort un boîtier de derrière son comptoir. Il dispose d'une puce GPS sur tous les véhicules. Il peut donc savoir où se trouve celui de Kentaro en ce moment.
Yumiko attrape l'appareil d'un geste rapide, prend une bouteille d'alcool sur la table des zoku et ressort aussitôt. Dehors, elle croise l'un d'entre eux qui allait entrer et qui est resté là, à la regarder reprendre la route en buvant. Tout excité, il entre en s'exclamant "vous l'avez vu ? vous avez vu ça ?!". Comme réponse, les autres grognent toutes les injures possibles envers les flics. Mais l'autre insiste. Il dit que c'est la légendaire SAYU ( contraction de SAtoh YUmiko ), qui est la première fille à avoir réussi à régner sur toutes les bandes de Tokyo. Tout le monde se lève, ahuris. Le chef annonce que si un zoku a des ennuis, les autres de la bande se doivent de l'aider. En l'occurrence, elle est de toutes les bandes.
Et voilà comment SAYU a refait surface. Cette nuit, toutes les bandes se sont réunies pour lui rendre hommage et roulent dans son sillage. Autant dire que ça crée pas mal de remue-ménage dans la ville qui est traversée par un flot incessant de motos.
Les portes closes d'un hangar mal éclairé laissent transparaître un filet de lumière venant de l'extérieur. Kentaro se demande ce qui l'attend encore après s'être fait enlevé et questionné sur Shiori. Mais un espoir revient lorsque les hommes en noir qui le surveillent commencent à paniquer. On entend un bruit sourd de moteur venant de dehors. Non... plusieurs moteurs. Les kidnappeurs reçoivent un message radio "abandonnez position". Ils s'empressent de déguerpir par la porte de derrière et tombent sur un comité d'accueil qui les cueille et les élimine.
La porte s'ouvre en grand, poussée par de multiples mains. La scène n'est pas rassurant. Les multiples lumières des phares de motos aveuglent et ne laissent voir qu'une silhouette féminine s'approcher. La femme dégaine une arme et la pointe dans sa direction. Kentaro fait une prière et ferme les yeux. Elle tire. Les liens sont brisé et il est libre. C'est alors qu'elle arrive à son niveau et met un terme au contre-jour. Kentaro découvre une Yumiko déchaînée et sans tabou, complètement grisée par l'alcool et la vitesse. Celle-ci s'assied sur ses genoux et s'endort.
Depuis ce jour, Kentaro fut connu dans tout Tokyo sous le nom de KEN POLICE PIZZA, celui qui a eu raison de la légendaire SAYU.